OUI AU BOIS EN HAUTEUR

Les constructeurs font appel au bois depuis la nuit des temps. De nombreux ouvrages sont parvenus jusqu’à nous dans un bon état de conservation, on a coutume de citer des églises en bois millénaires, c’est également vrai pour des constructions plus simples et moins spectaculaires. Sur le territoire français, par exemple, on oublie parfois que les façades de la plupart des immeubles haussmanniens sont constituées de structures porteuses en bois, tout comme les maisons de nombreux centres anciens (les colombages étant parfois cachés par des enduits ou des bardages).

En Europe, et particulièrement en Europe du Nord, on constate un développement continu des constructions bois d’importance, ce qui n’est pas encore le cas de la France . Ce retard est avant tout culturel, mais aussi réglementaire. L’évolution est en marche et il semblerait qu’il y ait lieu d’être optimiste pour les années à venir. 

Répondre aux enjeux et aux contraintes de la densité urbaine

Les architectes qui travaillent dans les secteurs de forte concentration urbaine l’ont bien compris. Dès qu’ils peuvent utiliser le bois, particulièrement dans des opérations d’extension/surélévation, ils ne s’en privent pas. La filière sèche apporte de nombreux avantages dans ces lieux contraints : légèreté, rapidité de  pose, facilité d’approvisionnement sans engins de manutention lourds, absence de délais de séchage, possibilité de surdensifier, de s’adapter à des parcelles très étroites… A celà, on peut ajouter un transfert important des tâches du chantier vers l’atelier, ce qui participe à la réduction des risques, aide à diminuer la pénibilité, et rend ces opérations moins dépendantes des aléas météorologiques.

Ces atouts, qui sont pour l’instant surtout mis en application en habitat individuel et en petit tertiaire, sont parfaitement transposables à des constructions de hauteur plus importante. Les freins sont avant tout liés aux contraintes économiques de la réglementation incendie, et dans une moindre mesure, à celles de la réglementation acoustique.

Il faut ajouter qu’en France la culture « béton » reste très ancrée chez les majors, même si cette situation est en train d’évoluer. Les raisons sont connues : les étudiants en architecture, comme ceux qui fréquentent les écoles d’ingénieurs, sont d’abord formés pour raisonner « béton ».

Le succès croissant de la construction bois, l’évolution des mentalités, la prise de conscience de la nécessité de privilégier des matériaux renouvelables, le durcissement des réglementations thermiques successives…font petit à petit bouger les lignes. D’ailleurs, le nombre croissant de projets mixtes bois/béton, démontre une évolution réelle des approches. Le cloisonnement diminue, les concepteurs jouent de la complémentarité des deux matériaux, plutôt que de chercher  à les opposer.

Une réglementation encore trop contraignante

En France, la majorité des constructions en bois ne dépasse pas deux, voire 3 niveaux, et ce n’est pas sans raisons. Pour comprendre le frein actuel, il faut d’abord regarder du côté de la réglementation incendie, mais intégrer également les contraintes d’isolation acoustique.

Vis-à-vis de la sécurité incendie, les structures porteuses des bâtiments dits « de deuxième famille », c’est  à dire jusqu’à R+3, doivent répondre à une résistance au feu de 30 minutes. Dès que l’on passe au R+4, on entre dans la catégorie des bâtiments dits de « troisième famille », qui exigent pour les structures porteuses une résistance au feu de 1 heure.

Dans ces conditions, au fur et à mesure que l’on rajoute des niveaux, le coût de construction s’amplifie de façon exponentielle, du fait de l’obligation d’augmenter le dimensionnement des différents composants, et/ou de les protéger par des habillages adaptés.

Il n’y a donc pas sur ce plan une interdiction de construire en bois et en hauteur, mais un ratio technico-économique qui n’est pas assez favorable à ce mode constructif, du moins dans le cadre des réglementations en vigueur. C’est justement sur l’évolution des réglementations que parient les promoteurs du bois. Chacun s’accorde  à penser  que les essais en cours et à venir dans le cadre de la nouvelle réglementation européenne, devraient desserrer de façon sensible le carcan actuel, et laisser plus de souplesse dans le choix des essences et de leurs différents usages.

La deuxième contrainte se situe au niveau de l’acoustique. En effet, la NRA (Nouvelle Réglementation Acoustique) exige des performances élevées entre les différents niveaux et appartements, vis  à vis de la réduction des bruits d’impacts (bruits de pas, objets qui tombent…) et de la transmission des bruits aériens.

Or, par son absence de masse, le bois, du moins sous la forme de planchers et de cloisons standardisées, ne permet pas de répondre de façon simple  à cette réglementation. Dans la pratique, la mise en application du principe masse/ressort/masse donne de bons résultats, en contrepartie d’épaisseurs de planchers et de cloisons plus importantes. Pour les planchers, la mise en œuvre de chapes flottantes apporte également des résultats probants, tout comme les planchers collaborants, constitués de bois et de béton. Ils apportent de la masse et de la résistance mécanique en contrepartie des contraintes inhérentes à la mise en œuvre d’un mode « humide », par opposition à la simplicité de la filière « sèche ».

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